LE RAFALE ou l’excellence du savoir-faire de l’industrie aéronautique française

Un Rafale - Crédit photo "AFP PHOTO / ECPAD / FRENCH ARMY"

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Alors que l’Inde a signé en septembre dernier un contrat  mirobolant de 8 milliards d’Euros avec Dassault Aviation pour l’achat de 36 Rafale, il se murmure déjà  qu’elle pourrait doubler la mise en 2019 en commandant un lot de 36 avions supplémentaires. Retour sur un avion hors norme qui a décroché le contrat le plus cher de l’aéronautique militaire française et qui met notre pays à l’honneur.

________Depuis l’émergence de l’aéronautique militaire, l’aviation de combat comporte trois grandes catégories de mission : reconnaissance, chasse et bombardement. Tous les avions du XXe siècle ont alors été bâtis sur un modèle de «spécialisation» : disposer d’équipements performants pour une mission particulière. Pourtant, au début des années 1980, le Rafale est forgé à partir du concept central et novateur de polyvalence. Son défi sera donc de remplacer les 7 avions de combat français de l’époque, et de pouvoir répondre simultanément à chacune de leur hyperspécialisation : frappe nucléaire, défense aérienne, appui-feu rapproché, attaque d’objectifs maritimes ou terrestres, reconnaissance aérienne à la mer et à la terre, assaut mer/terre et frappes Air-Sol.

________Conçu dès l’origine pour opérer aussi bien à partir d’une base terrestre que depuis un porte-avions, l’appareil sera capable de missions de renseignement, de police aérienne, et de frappes au sol.

Un concentré de technologie au service de la polyvalence

________Ainsi, si le Rafale n’est ni le plus puissant, ni le plus sophistiqué des avions de chasse, il domine tout de même l’ensemble de ses concurrents par son extraordinaire polyvalence. Mais c’est avant tout son concentré de technologies «critiques» qui le rend véritablement sans adversaire à sa taille. L’appareil se distingue tout d’abord par sa conception aérodynamique, et par l’introduction de matériaux composites qui allègent l’appareil, lui donne d’excellentes caractéristiques de robustesse, de furtivité, et de manœuvrabilité. En termes de propulsion, ses turboréacteurs M88 font appel aux résultats des recherches les plus avancées pour un encombrement et une masse très inférieurs aux moteurs actuels de puissance comparable, et permettent un rapport poussée sur masse élevé ainsi qu’une faible consommation et donc forte autonomie. Il est à ce jour le seul chasseur au monde capable de porter 1,5 fois sa propre masse, soit plus de 9 tonnes de charges qui offrent  une grande souplesse dans le choix des configurations et permet d’adapter au plus juste la charge militaire en fonction des objectifs de la mission, du rayon d’action ou de l’autonomie nécessaires.

________Afin de rendre l’aéronef facilement pilotable, le Rafale a été équipé d’un système de commandes de vol électriques en fibre optique, permettant à l’équipage de conduire très simplement sa machine, d’effectuer du suivi de terrain en pilotage automatique sans visibilité, de pénétrer dans l’espace adverse sans être repéré et d’effectuer des manœuvres périlleuses demandant une grande maniabilité. Ainsi toute l’énergie et la concentration du pilote sont consacrées à l’utilisation des systèmes opérationnels de bord du Rafale.  Équipé de l’avionique la plus moderne au monde, ses radars ultra sophistiqués (RBE2) peuvent prendre en chasse 40 avions simultanément, par tous les temps, à de grandes distances, que ce soit vers le bas ou vers le haut. Son Optronique (OSF) permet la recherche, l’acquisition et la poursuite de cibles, aussi bien aériennes, navales que terrestres, en haute résolution sans aucun rayonnement. Il est donc indétectable et insensible au brouillage radar.

________Son Système de Protection et d’Evitement des Conduites de Tir (SPECTRA), efficace à 360°, lui offre une protection contre la plupart des agressions et des menaces existantes sur un théâtre d’opération. De plus, son  interface homme-machine unique au monde particulièrement ergonomique et intuitive permet une fusion de toutes les données recueillies par les capteurs de l’avion, comme l’OSF, le SPECTRA, le RBE2. Réunies sur des écrans tactiles, elles facilitent le pilotage de l’avion et la prise de décision stratégique par le pilote.

________Enfin si le périmètre du programme Rafale comprend la fourniture des avions, des moyens de maintenance et deux centres de simulation, c’est sa logique incrémentale qui est intéressante. L’informatique prenant une place de plus en plus importante dans l’efficacité militaire d’un avion de combat, le programme incorpore les évolutions techniques aux standards successifs de l’avion et évite une obsolescence rapide de l’avion. Autrement dit, produire des avions entièrement nouveaux tous les dix ans, comme c’était le cas auparavant. Dans le cas du Rafale, l’innovation technique est donc venue étayée l’innovation de concept.

Un avion « made in France »

aaaa________Pour livrer ce concentré de technologie, il ne faut pas moins de 24 mois, dont un tiers pour la fabrication des pièces principales, un tiers pour l’assemblage des sous-ensembles, un tiers pour finaliser l’ensemble. Pour une cadence de production de 11 appareils par an, le programme Rafale emploie au total 7 000 salariés directs et indirects. Essentiellement fabriqué en France, l’architecture industrielle du programme est confiée à Dassault Aviation qui intervient à hauteur de 60% dans la construction de l’appareil. Pour autant, il n’est pas le seul artisan de cette reconnaissance technologique. Safran fabrique les moteurs M88 mis au point à l’origine par la Snecma, Thales est chargé de l’électronique de bord et du système de radar, et le système d’armes est développé en autre par la société MBDA.

________Fort de notre savoir-faire en aéronautique défense, Astek met à disposition des différents industriels intervenant sur le Rafale des dizaines d’experts. Alors qu’il y a déjà quelques années nous avions simulé l’écoulement des gaz des moteurs M88 de l’avion dans le cadre de nos activités avec SNECMA, c’est aujourd’hui une vingtaine de consultants qui interviennent simultanément chez Thales sur l’avionique du rafale et sa large gamme de capteurs intelligents: radar à balayage électronique RBE2, système optronique secteur frontal (OSF), système de guerre électronique SPECTRA, POD électronique de désignation laser Damoclès (ainsi que sur son successeur TALIOS). Mais nos ingénieurs interviennent aussi sur les liaisons de données tactiques servant au système d’identification ami/ennemi par le biais d’un plateau logiciel, sur le cœur commun répondeur IFF (Identification Friend or Foe). Celui-ci équipe toute la gamme des répondeurs Thales et est intégré, entre autre, dans le transpondeur du Rafale. Nos consultants travaillent également chez Dassault sur la validation du viseur de casque des pilotes. De plus, nos consultants développent des simulateurs de vol pour les centres de formation de pilotes, conjointement développés par Thales, Sogitec et Dassault. Ces simulateurs ont pour fonction de restituer toute l’imagerie temps réel perçue par les capteurs de l’avion et de restituer toute l’instrumentation de bord. Enfin pour MBDA, c’est notre expertise en système d’arme (installation de tir et simulateur, coordination des feux, autodirecteur de missile) qui nous fait intervenir sur les missiles MICA (Missile d’Interception de Combat et d’Autodéfense), SCALP (Système de Croisière Autonome à Longue Portée) et EXOCET. Que ce soit en matière de radar, de liaison de données tactiques, de surveillance, de détection, de commandement ou système d’armes, nos experts interviennent aussi bien sur des bancs de qualification, ingénierie système, électronique et logicielle, et perpétuent, eux aussi, le savoir-faire français.

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Une reconnaissance tardive mais sans conteste

________Souvent jugé trop coûteux, trop sophistiqué, invendable à l’étranger c’est d’abord une pluie d’échecs commerciaux qui s’abat sur le chasseur. En février 2015, la France reste le seul acheteur du chasseur, avec 137 livraisons sur les 180 officiellement commandés. Pourtant, « testé au feu » lors sa première mission de combat, le 28 mars 2007 en Afghanistan, le Rafale devient de loin l’avion de chasse européen le plus utilisé en opérations : Afghanistan (2007-2011), Libye (2011), Sahel (depuis 2013), Irak et Centrafrique (depuis 2014). Les opérations extérieures viennent valider l’ingéniosité des industriels et les choix militaires et lui ouvrent, près de trente ans après son premier vol en 1986, ses ventes à l’export. 24 unités vendues en février 2015 à l’Egypte, 24 autres annoncées pour le Qatar en mai de la même année, et 36 avions négociés avec l’Inde en 2016 transforment la malédiction en success story. Ces contrats soulignent ainsi la reconnaissance à l’étranger de l’expertise française dans une industrie de pointe qui ne supporte aucune approximation dans l’application des innovations. Fleuron de l’aviation militaire française et considéré par certains comme le chef d’œuvre de Dassault, ambassadeur de l’excellence de la filière aéronautique française, il illustre à lui seul la capacité de notre pays à concevoir et vendre des produits hautement technologiques.

*Crédit photo – « AFP PHOTO / ECPAD / FRENCH ARMY »

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