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Ce qui pourrait se passer pour les banques en 2020

Pour éclairer ce qui pourrait advenir du secteur bancaire, il est nécessaire de rappeler le besoin paradoxal d’innover sans cesse dans un métier pourtant millénaire et dont les bases restent inchangées : transactions et prêts déclinés entre banque de détail, marché des capitaux et gestion de patrimoine. Cette reconstruction permanente est imposée par l’évolution combinée des changements économiques, des évolutions technologiques et des attentes clients.

Qui dit banque dit forte dépendance à l’économie. Après une période progressive post-crise, marquée par de nouvelles réglementations et l’émergence de nouveaux acteurs, 2020 pourrait être une année de récession. Hormis l’impact évident sur le volume de transactions ou l’appétence au risque des clients, on peut aussi anticiper un mouvement des clients vers les services les moins onéreux. Mais surtout, les acteurs sur le marché ont évolué. Les banques en ligne et autres FinTech ont atteint une existence certaine, offrant de réelles alternatives à l’offre historique.

Côté technologie, de nombreuses solutions potentiellement disruptives sont désormais matures : paiement mobile sécurisé, paiement sans contact, blockchain, crypto monnaies, portefeuille ou coffre-fort électroniques/numériques, intelligence artificielle, big data, solutions de cybersécurité…

Enfin, côté attentes, les clients sont également différents. Les « seniors » issus des 30 glorieuses sont désormais solvables et ne sont plus techno-allergiques (ils ont grandi avec la télématique). Les milleniums et la génération Z, qui génèrent les prêts et achats de consommation, recherchent une meilleure expérience client (UX) que l’offre de « boursicotage » et affichent de nouvelles priorités : économie de partage, développement durable et réutilisation des biens, cycles courts et absence d’intermédiaires, gestion personnelle des avoirs et transactions en accès direct mobile permanent, financements participatifs, cagnottes en ligne…

Pour les banques, l’effet cumulé de ces tendances est à la fois créateur d’opportunité et potentiellement aussi un risque fort de destruction d’activité. L’automatisation et la robotisation, ainsi que les fusions (entre banques ou avec les fintechs) réduisent les emplois. Parmi les générations « full tech » n’ayant pas connu de vie sans Internet ou PayPal (qui a déjà 20 ans), nombreux sont à penser qu’ils n’auront bientôt plus besoin de banque.

Dans le même temps, lancer un nouveau service bancaire n’a jamais été aussi simple du fait du peu de moyens initiaux nécessaires. On peut parler de « Bank-in-a-box » pour reprendre l’image des « Telco-in-a-box » qui pullulèrent pendant la bulle Internet. Une banque en ligne ou Fintech peut se lancer rapidement sur un marché de niche sans agence, avec très peu de salariés et sans nécessité d’offrir une large gamme (ex : Revolut, société britannique de la Fintech, et ses frais de change internationaux).

La barrière à l’entrée s’est drastiquement abaissée pour toute société offrant suffisamment d’assises financières, et ayant une grande maturité technologique ainsi qu’un accès large au grand public et ce, bien que venant d’un autre secteur. Les opérateurs de télécommunications avaient déjà ouvert une brèche, surfant sur leur accès privilégié au smartphone des clients. Aujourd’hui ce sont les GAFA, la grande distribution, les plateformes type Uber et autres acteurs innovants qui entrent dans les transactions directes, la cryptomonnaie et/ou les services bancaires en by-passant la banque. Avec la perspective pour l’utilisateur de s’affranchir des coûts et complexité non seulement de sa banque, mais aussi des Visa, Mastercard, PayPal, Western Union et autres intermédiaires, voire se passer complètement de la monnaie fiduciaire.

Or si ce foisonnement appellera sans doute un surplus de réglementations afin d’éviter une nouvelle bulle incontrôlée, les autorités peuvent être tentées de laisser se développer les bénéfices de la concurrence. Laisser librement se développer la concurrence et l’innovation peut en effet permettre aux citoyens de profiter de baisse de coûts et avoir davantage de transparence sur les coûts. Le développement du « tout numérique » facilite la traçabilité, donc la lutte contre la corruption, le blanchiment et l’évasion fiscale. Enfin, il est tentant de ne pas trop pénaliser les banques en période de récession potentielle et de besoin de fonds disponibles pour financer le passage au développement durable.

Pour tous ces acteurs et leurs clients, la maturité du Big Data et de l’IA vont modifier les process, les offres et alimenter concurrence ou fusions. L’analyse des énormes volumes d’information auxquels les banques ont accès permet l’anticipation des mouvements de marché, des risques, des taux de change, l’analyse comportementale des acteurs, etc. Notre banque peut suivre notre activité Internet (achats, réseaux sociaux, sites visités…) et ainsi évaluer précisément nos domaines d’intérêts, notre capacité financière, notre appétence au risque et générer des offres ou conseils proactifs.

Notre banque connait tout de nous : elle possède tout l’historique des personnes âgées et récupère la vie des plus jeunes sur le Cloud. Elle a la même connaissance de toutes les sociétés qui peuvent nous vendre ou louer bien et services. Elle est donc en mesure de nous proposer (au vendeur comme à l’acheteur) la meilleure offre, en pré-approuvant financement et transaction, quel que soit le type de bien ou service non financier que nous recherchons (ou pas). L’IA peut donc réinventer une valeur à l’intermédiation, par exemple en proposant de l’upscale. La communication publique bancaire est d’ailleurs en train de passer du « on vous écoute et (peut-être) on vous dit oui » au « on vous dit ce que vous pourriez faire et on peut le faire pour vous ».

Tout ceci se traduit donc par de nouveaux challenges technologiques pour les banques. Sans s’étendre sur les évidentes priorités en matière de cybersécurité ou de protection des données personnelles (en particulier pour les services hébergés dans le Cloud pour répondre au besoin de mobilité), le déploiement du Big Data et de l’IA n’est pas sans risque. L’ouverture de compte automatisée est synonyme de basculement aisé à la concurrence. L’Open Data génère naturellement une minoration de la valeur liée à la connaissance et à l’analyse des données clients et par la-même une difficulté supplémentaire pour différencier ses services. La sur-personnalisation des services, même entièrement automatisée, génère une complexité supplémentaire et un risque spécifique en cas de perte de données. La multiplication des acteurs, mouvements de fusion, moyens d’accès et services offerts impose que les architectures SI et outils d’intelligence et robotisation internes puissent accueillir aisément la collaboration avec d’autres systèmes. C’est ce défi informatique que nous avons à relever.

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